Voici un sujet très controversé dans la race Akhal Téké ! Mais après avoir entendu des dérives
inquiétantes à ce sujet, je souhaite apporter mon point de vue.
A titre d'information ou de rappel, le stud-book de la race a été créé par les russes dans la première moitié du 20è siècle. De la fin du 19è jusque dans les années 30, la race a fortement
périclité en effectif et a fait l'objet de croisements avec des pur-sang anglais afin de répondre à la demande croissante de chevaux de course sur hippodrome. Face à cette situation, les russes
ont décidé de créer un stud-book où ont été répertoriés un certain nombre de chevaux turkmènes de race pure mais aussi quelques demi-sang qui entraient dans le standart défini de la race et
avaient des origines intéressantes. A partir de ce moment là (vers 1930), le stud-book a été fermé, c'est à dire que seuls les descendants de ces chevaux inscrits au 1er livre constituent la race
Akhal Téké.
Il s'agit donc d'une pureté relative si l'on prend en compte cet apport de sang anglais même très limité. Si le souci des éleveurs avait été de réduire cet apport de sang
étranger, il est fort à parier que la proportion serait de nos jours infime et nous aurions encore des sujets de pure race, à savoir issus exclusivement d'un environnement génétique turkmène.
Mais actuellement, il n'existe plus de chevaux "purs" (sans apport de sang anglais), les chevaux issus de l'élevage russe tournent entre 1 et 6% de sang anglais et ceux de l'élevage turkmène
entre 6 et 15% !
L'explication est simple : les éleveurs turkmènes sélectionnent leurs chevaux pour les courses de vitesse et privilégient ainsi dans leur sélection les origines
anglaises (dans le jargon on parle de linebreeding sur les souches anglaises), ceci afin d'augmenter la vitesse. Ceci explique le succès de certains chevaux tels que Kambar qui totalise dans ses
gènes près de 10% de sang anglais. Certaines lignées sont ainsi fortement imprégnées de sang anglais : lignées Karlavach, Kir Sakar, Kaplan, Yel. Les caractères génétiques du pur-sang anglais se
manifestent au travers de la performance mais aussi de la conformation de ces chevaux au corps tubulaire, fait en descendant. On arrive à un modèle anglo-téké fin et élancé très apprécié par les
turkmènes mais aussi par les étrangers.
En Russie, la sélection a fait l'objet d'autres préoccupations, et notamment le désir de race "pure". Ceci a été le critère majeur de sélection de l'éleveur russe Vladimir
Shamborant dont le travail est à la base de l'élevage russe actuel. Cet éleveur a d'abord répertorié les chevaux issus exclusivement de souches turkmènes et a mis en place son propre programme de
sélection basé sur des chevaux "purs" ou presque. A partir de l'étalon Fakirsulu, il a ainsi créé les lignées Gelishikli et Fabirpelvan, à la base de son élevage. Son travail a fortement marqué
l'élevage russe et est une des raisons de la supériorité de l'élevage russe sur l'élevage turkmène.
Cependant depuis 1995, ouverture de la race Akhal Téké au marché occidental, les choix de sélection ne sont plus motivés uniquement par les idéaux de certain éleveurs ou
sélectionneurs, mais aussi et principalement par des raisons économiques et financières. Alors on oublie les anciens concepts de pureté et on sélectionne essentiellement sur l'apparence du
cheval : le "beau" cheval, c'est vendeur et sur la vitesse car on assimile l'Akhal téké au pur sang anglais et on gagne ainsi en prestige et en dollar ou en euros !
Pire on invente un nouveau sens au concept de pureté !!! Selon les nouveaux éleveurs russes, la pureté est un signe d'excellence, les chevaux purs sont désormais des chevaux dits
d'excellence. Mais qu'es-ce que l'excellence ? C'est faire reproduire le meilleur avec le meilleur. Mais le meilleur en quoi ? Les réponses de ces éleveurs et autres sympathisants s'arrêtent
là... Ils renchérissent en disant que la pureté est une question de culture et d'art.
Et afin de rendre ceci plus crédible, on s'appuie sur de pseudo-révélations historiques selon laquelle les anciens turkmènes s'attachaient à cette vision du cheval et de l'élevage
Pour ajouter à la polémique, vient désormais se greffer la régularisation des chevaux Akhal Téké nés au Turkménistan après 1995, date d'indépendance de ce pays et de coupure avec
le stud-book russe. En effet, les turkmènes avaient décidé de mettre en place leur propre stud-book, indépendant du stud-book originel russe. Malheureusement, c'est le fiasco total et le désir
irrépréssible des turkmènes de croiser avec des pur-sang anglais revient au grand galop ! à ce moment là c'est la totale divergence entre les russes et les turkmènes. Depuis l'année dernière, un
rapprochement a été opéré entre les 2 pays et il est désormais question de réintégrer les chevaux issus de parents inscrits au stud-book russe dans ce dernier. La mission est bien évidemment
orchestrée par Tatiana Riabova qui dirige la race envers et contre tous depuis des années. Le travail s'anonce bien évidement long et fastidieux mais aussi et certainement (enfin on l'espère)
rigoureux.
Cette polémique a malheureusement fait émergé des idées inquiétantes : pourquoi ne pas introduire dans le stud-book des chevaux non inscrits du fait d'origine anglaise introduite après
1930 mais qui présenteraient un beau modèle selon les critères de la race ? Ce qui veut dire, pourquoi ne pas ouvrir le stud-book sur des critères d'apparence extérieure ? Pour ma part,
aller dans cette direction, c'est ouvrir la boîte de Pandore ! La motivation principale de ces gens est de réintroduire les "beaux" chevaux laissés au bord de la route. Si encore le souci était
d'ordre génétique, à savoir faire reculer le taux d'inbreeding inquiétant de la race, mais non, même pas. La dérive est à mon sens très inquiétante et même si il faut réfléchir à l'ajout de sang
neuf dans la race, cette récente direction est pour moi la mauvaise !
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